En Théorie

Pop Culture, Littérature et Chamallows

Il y a un moment pour tout …

On dit qu’il y a un moment pour tout.

Il était assis là, sur ce fameux banc public. Le leur, comme ils disaient. Comme à son habitude, elle était en retard. Elle avait envoyé un texto disant : « j’arrive » il y a quelques minutes. Par experience, il savait qu’il disposait de trois bons quarts d’heure avant son arrivée effective.

Fred se décida à faire une rétrospective de cette histoire.

Comme le lui stipulait cet encart de publicité, il y avait un moment pour tout. Il se rappelât alors du moment ou il avait accepté l’invitation à cette soirée. Son meilleur ami lui avait dit que ce serait bien qu’il sorte, pour oublier lili, son ex. Ce même ami lui avait alors dit: »Allez, viens !! c’est le moment mec cette soirée va être folle! »

Il avait alors accepté d’y aller, sans conviction.

Apparemment, c’était le moment, le moment de la rencontrer. Elle était resplendissante. Ses boucles d’oreilles vertes s’accordaient parfaitement avec son sac Balenciaga vert qui lui même s’accordait aux chaussures. Elle disait s’appeler Emilie, être étudiante en Arts à la Sorbonne, être fan de Picasso mais surtout de Hugh Grant dans Love Actually. Fred l’avait tout de suite appréciée.

Puis vint une autre soirée. Un diner cette fois. Elle était encore là, au paroxysme de sa beauté. Ses traits étaient si fins qu’il s’est surpris à imaginer un graphiste retouchant son visage sur photoshop. Vint donc naturellement le moment de s’embrasser. Les quelques coupes de champagne aidant, il s’est senti libéré, il a ouvert sa carapace, s’est découvert. Elle l’a senti, a fait de même, l’a embrassé.

Personne n’y croyait. Lui l’artiste maudit, sortant d’une relation de 3 ans. Elle l’étudiante un peu folle, que tout le monde s’arrachait sans jamais parvenir à l’approcher. Les paris allaient bon train sur la durée de leur relation.

Mais les mois passèrent.

Et vint le moment de dire je t’aime.

Elle était exubérante, pleine d’envies, voulant croquer la vie à pleines dents. Pire que ça, elle était amoureuse. C’est elle qui a fait le premier pas. Dans un souffle, un murmure, un presque silence elle lui a dit. 3 mots tout bêtes. « Je t’aime ». Sur le moment il n’avait pas répondu. Il avait feint la surprise et la passion pour l’enlacer et faire en sorte de ne rien répondre. Il avait simplement eu peur des hypothétiques conséquences et, devant sa maladresse, il fit machine arrière les jours qui suivirent.

Par une froide soirée de Février, alors qu’il allait chez elle lui rendre visite, il s’arrêta chez le fleuriste. Il prit une rose noire, sa préférée. Une fois arrivé devant la porte, son coeur bâtait la chamade. C’était bête, elle allait forcement être heureuse, elle lui avait dit qu’elle l’aimait juste avant. Mais quand même. Cette pression lui rappelait les oraux du bac qu’il avait lamentablement ratés à cause de ce foutu stress. Elle ouvrit la porte, il la regarda droit dans les yeux. Une hésitation, un bégaiement, il le dit. Elle était la plus heureuse des femmes.

Depuis, la vie allait bien.

Le moment de rencontrer sa famille s’était bien passé, le moment de s’installer ensemble aussi. Le moment de survivre les 5 derniers jours du mois avec 10 malheureux euros revenait trop souvent à son goût mais bon … Ils étaient amoureux. De la plus pure des manières qu’il soit.

Il fouilla une dernière fois dans sa poche pour vérifier que l’anneau était toujours là.

La voila qui arrivait au loin. Elle semblait joyeuse.

– Mon chéri !!! Tu m’as manqué !! Pourquoi tu m’as donné rendez-vous ici ?

Il posa un genou au sol. La regarda dans les yeux. Hésita. Bégaya

– Tu sais mon amour, il y a un moment pour tout …